Le loup : mythe et réalité

I. LA RÉALITÉ : LE LOUP AU XIXème SIÈCLE

IV. LE DIABLE A-T-IL CRÉÉ LE LOUP ?

II. LE LOUP ET LA TOPONYMIE

V. LA LYCANTHROPIE : HOMMES-LOUPS ET FEMMES-LOUVES.

III. MALÉFICES ET REMÈDES DE “BONNE FEMME.”

VI. ENTRE MYTHE ET RÉALITÉ : LA BÊTE DE GÉVAUDAN

Cette étude sur le loup dans les Pyrénées-Orientales (et ailleurs) a été réalisée en 1985, avec une classe d’élèves du collège Pierre Fouché, à l’occasion d’un travail sur la commune de Rabouillet.

II. LE LOUP ET LA TOPONYMIE

L’étude des noms de lieux nous révèle à quel point le loup était présent dans la vie quotidienne de nos ancêtres. Les lieux-dits formés à partir du nom catalan LLOP (latin: LUPUS) sont très nombreux dans notre département, surtout en CONFLENT et en VALLESPIR, mais aussi dans quelques communes de la plaine. Certains, très anciens, sont déJà attestés à l’époque carolingienne ; d’autres, de formation plus récente, évoquent souvent des coutumes ou des superstitions liées au loup.

CANTALLOPS (ou CANTE-LLOPS) : toponyme présent dans de nombreuses communes: OLETA, JUJOLS, RALLEU, PY, SERRALONGA, CAMELES, CORBERA. A priori, ce nom signifie ” endroit où chantent les loups ” . Cependant, si l’on en croit certains auteurs, CANTA aurait pour racine une forme pré-indo-européenne KANT-, signifiant pierre, rocher (que l’on retrouverait dans des toponymes tels que CANIGOU ou CANTAL). CANTALLOPS signifiant alors: endroit pierreux, rocher fréquenté par les loups.

Il n’empêche que, dans l’esprit des gens, le terme a pris depuis de nombreux siècles un caractère extrêmement maléfique lié aux hurlements des loups. En Haut-Vallespir, dans la montagne de LAMANERA, il y avait même un meneur de loups qui vivait dans une ferme appelée CANTALLOP, dont nous parle la revue VALLESPIR en 1932: “C’était une métairie basse, sordide, entourée de sapins et de hêtres. Le paysan qui l’habitait charmait les bêtes sauvages. O’un sabot magique, il tirait des sons mélodieux, et de partout les louveteaux, les louves, les grands solitaires venaient l’entendre. Ils l’entouraient, ils jouaient avec lui. Il avait réveillé le mythe d’Orphée. Il demandait à ces frères cruels on ne sait quels secrets. Avec eux, au cours de longues veillées, sous une nuit d’automne ou par le frisson d’une minuit glacée, il tenait de vertigineux conciliabules”.

PENJOLLOPS (JOCH, RIGARDA). Toponyme intéressant, que l’on trouve aussi en France sous la forme ” LOUP-PENDU “, et qui évoque une curieuse coutume médiévale. Lorsqu’un animal accomplissait un crime, il pouvait être jugé et condamné, tout comme un être humain. La pendaison avait alors une valeur exemplaire, et l’on estimait sans doute que la vue d’un loup se balançant à un arbre découragerait ses congénères d’accomplir des forfaits semblables au sien.

LA FONT DEL LLOP (MOSSET, TRESSERA, TRILLA). On trouve là aussi l’équivalent français sous la forme “LA FONTAINE AUX LOUPS”. Il s’agit de l’endroit où les loups ont coutume d’aller boire, et que plusieurs légendes évoquent comme un lieu maléfique. Selon un récit du Nord de la France, un pâtre qui voulait se venger de la mort d’un chevreau se rendit à la fontaine où se tenait l’assemblée des loups. Après avoir échangé quelques propos assez vifs, on décida de faire la paix. Mais un grand loup noir n’était pas d’accord, et il se jeta sur le berger. Après un sanglant combat, le berger tue l’animal, le dépèce et jette son coeur dans la fontaine. Depuis l’événement, les loups ont disparu et la fontaine est devenue une source pétrifiante.

GRATA LLOPS (EUS, BANYULS-SUR-MER). Selon les récits anciens, il paraît qu’autrefois, lorsque l’hiver était très rigoureux, les loups affamés quittaient leurs forêts et descendaient dans la plaine, où il leur arrivait de venir gratter aux portes des maisons. Signalons toutefois que, pour certains linguistes, GRATA signifierait ” endroit pierreux “, mot formé sur la racine pré-indo-européenne CAR, GAR, CRA, GRA = pierre.

CAGA LLOPS (BANYULS-SUR-MER): la traduction paraît inutile, mais on peut remarquer qu’il s’agit là d’un toponyme très ancien, puisqu’il est attesté dès 981 sous la forme POGIUM LUPICAGA (H. GUITER).

GAFA LLOPS (LAMANERA), TRAPE DEL LLOP (DORRES) semblent évoquer les pièges que l’hommes tendait autrefois aux loups, et les CLOTS D’ESPENTA-LLOPS (MANTET) pourrait désigner un autre de ces endroits où l’on pendait les loups pour faire peur à leurs semblables.

AUTRES TOPONYMES : le loup semble avoir une prédilection pour les vallons (COMA), les creux (CLOT) ou les ravins : CLOT DEL LLOP (PORTA), COMA DELS LLOPS (CALCE), COMA DE LLOBER ( PONTELLA), COMA LLOBA (Saint JEAN PLA DE CORTS), VALL LLOBERA (ESCARO, SERDINYA), RAVIN DE LA LLOBERA (RIVESALTES).

Il apprécie cependant aussi les plateaux: PLA LLOBY (RABOUILLET), PLA DEL LLOP (LAMANERA, LAS ILLAS), et de nombreux passages montagneux portent son nom: COLL DEL LLOP (BANYULS-SUR-MER, PLANEZES, LATOUR-DE FRANCE), PAS DEL LLOP (RALLEU, ARLES-SUR-TECH).

Pour terminer, notons l’importance de l’adjectif substantivé LLOBERA (SERRALONGA, CANET, RlVESALTES, Saint MARTIN EN FENOUILLÈDES) et du substantif LLOBATERA (endroit fréquenté par les loups) : OLETTE, VINGRAU.

Les histoires qui font l’Histoire