Une curieuse destinée :

Cosme-Thomas de Satgé

Une fois n’est pas coutume, je ne suis pas l’auteur de ce texte, emprunté au Dictionnaire des biographies roussillonnaises de l’abbé Capeille (Perpignan, 1914). Vivant à Prades, la famille Satgé possédait notamment les seigneuries de Py et de Mantet. Ruiné par la Révolution (la ruine d’un noble étant tout à fait relative), Cosme-Thomas va se transformer en un redoutable agitateur et aurait pu jouer un rôle dans l’Histoire au moment des Cent Jours, si on avait bien voulu l’écouter. L’un de ses descendants est à l’origine de la restauration du château de Castelnou.

Cosme-Thomas-Bonaventure de Satgé naquit à Prades le 14 juillet 1769. Il était fils de Jean-Cyr de Satgé, seigneur de Thoren, Py, Mantet et Huyteza, et de Louise de Bordes. Ruiné par la Révolution et par l’invasion espagnole, il vint à Paris et s’associa, prétendit-il, aux royalistes qui s’efforcèrent de délivrer Louis XVI. Cosme de Satgé vécut assez ignoré sous l’Empire, et occupa en 1812 l’emploi de receveur des douanes à Puigcerdà. Il s’établit à Toulouse en 1814 et surprit dans cette ville, au mois de février 1815, quelques preuves du projet d’évasion de Napoléon de l’île d’Elbe. Il accourut en toute hâte à Paris le 26 février 1815 pour révéler le complot, fut reçu par le duc de Luxembourg, capitaine des gardes du roi, et ne put le convaincre de l’imminence du danger. Le 1er mars l’événement se réalisait, l’Empereur débarquait à Fréjus et le gouvernement de la Restauration s’effondrait.

Entre temps, Cosme de Satgé s’était rendu à Bordeaux auprès de la duchesse d’Angoulême, et avait fait saisir à la poste des correspondances secrètes destinées à Napoléon. Emprisonné comme suspect par le général Decaen, il fut relâché le 2 avril et revint à Toulouse, où il se mit à la tête des manifestations hostiles au gouvernement es Cent Jours. Assailli le 3 mai dans une échauffourée rue Peyras, il fut laissé pour mort, la tête fendue de trois coups de sabre.

Victime de son zèle royaliste, Cosme de Satgé espéra, au retour des Bourbons, jouir de récompenses qu’il ne reçut pas à son gré. Ce fut, le rêve déçu, l’amertume de sa vie. Il se rejeta alors dans l’intrigue politique et se signala par de violents pamphlets. Il avait obtenu, par l’appui de Chateaubriand, une pension de 6 000 francs, et il vécut pendant plusieurs années dans l’intimité des hommes les plus éminents du parti ultra, qui collaboraient avec lui au Conservateur ; mais ses critiques publiques, ses attaques violentes contre les ministres et la politique modérée de Decazes lassèrent le gouvernement, sa pension fut réduite puis supprimée. Ce fut alors entre la police et Cosme de Satgé une lutte incessante, qui se termina par l’exil à Pamiers.

A l’avènement de Louis-Philippe, Cosme de Satgé reprit ses revendications et, n’obtenant pas satisfaction, il écrivit au roi des lettres de menaces. Poursuivi devant la Cour d’assises de la Seine, il fut condamné, en septembre 1832, à cinq ans de travaux forcés, mais fut gracié peu après. Il se retira alors à Prades, où il mourut le 6 octobre 1849.

Il avait épousé, à Ille-sur-Tet, Françoise Balalud de Saint-Jean et laissa trois fils :

– L’aîné, Valentin de Satgé, né à Ille en 1802, servit à Neu Brisach et à Saumur dans le 24e régiment de chasseurs à cheval et épousa, en août 1832, Caroline Sparkess, du comté de Salop (Angleterre). Il obtint et prit le titre de vicomte de Saint-Jean. Son fils Ernest épousa la fille de l’amiral anglais Rous et restaura le château de Castelnou, où il mourut en 1899. Sa descendance se fixa en Angleterre.

– Oscar de Satgé naquit à Ille le 10 novembre 1804. Officier de dragons, il fut décoré de la légion d’honneur en 1827 et épousa, le 10 novembre 1836, Milicent Wall, du comté de Worcester. Oscar de Satgé restaura le château de Thoren, s’y retira et y mourut en 1901, âgé de 97 ans. Adjoint au maire de Sahorre et connu sous le nom de baron de Thoren, il était le doyen des légionnaires de France et des adjoints aux maires. Ses fils servirent dans l’armée anglaise.

– Antoine de Satgé, né à Ille le 4 février 1807, épousa le 11 avril 1839 une petite-nièce du duc de Wellington, Henriette Rowley, fille de lord Langford, pair d’Irlande. Il acquit le château de l’Elysée, près de Lausanne, et habita aussi, aux environs de Pamiers, le château de Longpré, qu’il revendit. Sa descendance, d’abord établie à Dinan, s’installa ensuite en Angleterre.

Les histoires qui font l’Histoire