1907 : la révolte des vignerons

1 : Les raisons profondes de la crise

3 : Le meeting de Perpignan

2 : De la mévente à la révolte

4 : De la violence à l’apaisement

Pensez aussi à voir les cartes postales illustrant le mouvement

Voir aussi : la Proclamation des Gueux

Cela fait maintenant plus de 90 ans que se sont produits les événements dont nous allons parler, manifestations de colère, de désespoir, mais aussi d’une immense solidarité entre tous les départements viticoles du midi. Des dizaines de milliers de manifestants se retrouvent chaque semaine dans une grande ville pour y clamer leur révolte devant une situation qu’ils ne comprennent plus, des villages entiers défilent derrière des banderoles et des panneaux où l’humour, politesse du désespoir, masque une profonde amertume : le vin du midi ne se vend pas, les cours se sont effondrés depuis quatre ans, ils sont ruinés.

Le mouvement, échappant aux cadres politiques traditionnels, est parti de deux villages: Argelliers, dans l’Aude, mais aussi la commune de Baixas, qui en février 1907 décide sous l’impulsion de son maire Tarrius de pratiquer la grève de l’impôt. Très vite le mouvement fait tache d’huile et se donne un porte-parole dont l’éloquence entraînera les foules: Marcellin Albert, d’Argelliers. Le premier grand meeting a lieu à Coursan le 14 avril, et chaque dimanche on prendra l’habitude de se retrouver, de plus en plus nombreux et solidaires, pour atteindre le chiffre de 500 000 personnes (800 000 pour certains) à Montpellier, le 9 juin.

Devant l’absence de résultats, la lutte se durcit, entraînant la répression gouvernementale menée par Clémenceau, qui fait arrêter les principaux dirigeants du mouvement. La révolte pacifique et souriante devient alors émeute, souvent sous l’impulsion de provocateurs (une tactique qui depuis a fait ses preuves !). L’armée intervient de plus en plus brutalement, et le drame se produit à Narbonne le 19 et le 20 juin : six manifestants sont tués. Peu à peu le mouvement se calmera, le gouvernement ayant pris, trop tard, les mesures d’apaisement qui s’imposaient. Cette révolte de “Gueux”, ainsi que les appelait Marcellin Albert, n’a jamais disparu des mémoires, où elle demeure, un peu à la manière de la Croisade des Albigeois au moyen-âge, le symbole du combat de tout un peuple contre un centralisme aveugle et despotique venu du nord.

Nous aurons l’occasion de revenir sur les événements, mais nous traiterons essentiellement la situation des Pyrénées-Orientales, avec la recherche des causes économiques, les réactions politiques et, en point d’orgue, la grande manifestation de Perpignan le 19 mai.

J’ai rédigé ce texte en 1987, dans la revue d’Ille et d’Ailleurs

J. Tosti

1 : Les raisons profondes de la crise

3 : Le meeting de Perpignan

2 : De la mévente à la révolte

4 : De la violence à l’apaisement

Les histoires qui font l’Histoire

Histoire de l’agriculture