Culture et production du chanvre à Joch

Le texte ci-dessous a été écrit en 1987 par Maurice Julia pour la revue d’Ille et d’Ailleurs. Je pense qu’il permettra à tous ceux qui le liront de mieux comprendre une activité séculaire dont on a aujourd’hui tout oublié. Précisons que cette activité se pratiquait dans tous les villages jusqu’au XIXe siècle.

Le chanvre était utilisé à la fois pour la confection de cordages et pour celle de certains tissus. D’où la présence dans le village d’un maître-cordier et de tisserands en chanvre. On trouve encore dans quelques familles des draps faits en fils de chanvre fins.

L’hiver était la saison des labours profonds, car il faut une terre fine et unie. Le chanvre est semé au printemps en semis dru, et enterré à la herse. L’arrosage doit être régulier et abondant.

Dès que les pieds mâles jaunissent, ils sont arrachés et permettent aux pieds femelles de grandir. On en fait des paquets d’égale longueur, liés évidemment avec du chanvre. Ces paquets sont mis à sécher au soleil, puis on les frapper contre un mur ou un arbre pour faire tomber feuilles et fleurs. Alors les opérations plus délicates commencent : on porte les paquets au routoir, pour rouir les tiges qui sont disposées au fond des “basses” (bassins d’eau généralement naturels, situés à Joch dans le ravin de Sant-Martí), car il faut de l’eau en permanence. Les tiges sont recouvertes de paille, de planches et de quelques pierres pour bien serrer le chanvre. On laisse “macérer” environ huit jours, le temps que l’écorce ou filasse se détache du coeur de la chenevotte.

Sorti du routoir, le chanvre est amené à la maison, égrugé et séché dans le haloir, sorte de cabane avec un feu ; il est alors tillé à la main (on sépare les fibres) ou broyé avec un appareil en bois. Pour obtenir des fibres de plus en plus fines, le chanvre est pilé au maillet, peigné sur des peignes différents, et enfin passé au frottoir. On obtient alors un écheveau de fils qu’il faudra filer pour obtenir la corde et les draps.

Les pieds femelles, arrachés plus tardivement, sont passés à l’égrugeoir pour séparer les grains, et subissent le même circuit que les pieds mâles. Les grains, ou chenevis, sont réutilisés. Ces opérations, qui se déroulaient souvent à la chaleur, étaient si dangereuses qu’on interdisait de faire du feu à l’extérieur des maisons, de transporter des braises au dehors, ainsi que le précise un règlement conservé aux archives de la commune de Rigarda.

Il ne s’agit pas, répétons-le, d’une spécialité du village de Joch, la plupart des communes consacrant leurs terres humides à la culture du chanvre. Par la suite, ces terres ont très souvent été replantées en pommes de terre.

Histoire de l’agriculture

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