DEUX OUTILS FONDAMENTAUX :

LA HOUE ET L’ARAIRE

L’une des caractéristiques essentielles de l’agriculture méditerranéenne, c’est d’avoir conservé des outils de labour pratiquement identiques (du moins dans leur conception) depuis l’Antiquité jusqu’aux années 1950. Bêches et charrues ont eu bien du mal à s’imposer face à ces instruments que sont l’aixada et l’arada, autrement dit la houe et l’araire, si bien adaptés à la nature du sol, léger et caillouteux, et à celle des parcelles, petites, pas forcément planes et très dispersées, qui forment l’essentiel du paysage méditerranéen.

L’aixada(houe) aux multiples formes

Quand l’homme préhistorique, ne vivant plus de cueillette, voulut commencer à remuer la terre pour semer, il utilisa un outil rudimentaire appelé bâton à fouir : durci par le feu, armé par la suite d’un fer, le bâton à fouir permet de planter en poquets (plusieurs graines dans un même trou) isolés dans des champs mal nettoyés de leur végétation. La surface travaillée à l’aide de cet outil se présente comme une succession de trous, ce qui peut d’ailleurs convenir à certaines cultures, notamment le mil et les tubercules de la zone tropicale humide. Il faut savoir que certaines civilisations n’ont jamais connu d’autres instruments aratoires que le bâton à fouir : c’est le cas notamment des Incas du Pérou, qui avaient simplement rajouté à cet outil une barre latérale pour appuyer le pied. Aujourd’hui encore, il est utilisé par les Bochimans du sud-ouest africain, par la plupart des peuples d’Océanie et dans certaines parties du Brésil.

Certains pensent que les houes sont une amélioration du bâton à fouir, dont la forme aurait été peu à peu recourbée jusqu’à atteindre un angle de 45°, caractéristique de la plupart de ces outils. On connaît en effet des houes qui sont de simples bâtons recourbés (en Abyssinie) ou fourchus (le hack de la Suède ancienne). Sans rejeter cette hypothèse, il faut cependant voir dans les houes une famille originale de l’outillage humain, permettant la culture de nombreuses céréales sur des sols légers, et pouvant très bien coexister avec le bâton à fouir : le bâton à fouir remue la terre sans la couper, mais y pénètre profondément ; la houe coupe la terre, l’émiette, la retourne, mais ne ramène pas en surface les couches profondes du sol.

On estime que la houe fut en usage dans nos contrées à l’époque néolithique, et qu’elle était employée en Palestine (la terre où est né le blé) au moins dès le huitième millénaire avant notre ère. Très vite, lorsque le métal eut remplacé le silex caréné des premières houes, on pratiqua l’emmanchement dans une douille perforée à l’extrémité de la lame, ce qui nous donne un outil dont les formes, pourtant multiples, n’ont guère varié depuis l’antiquité grecque et romaine.

Le geste du laboureur à la houe n’a pas changé non plus : le dos courbé, il fouit le sol en ramenant la terre entre ses jambes. En effet, quelle que soit la forme de la lame, celle-ci est disposée en oblique par rapport au manche, formant avec lui un angle de 45° environ. Comme le pic et la pioche, la houe appartient à la famille des outils à percussion lancée : le manche, qui allonge le bras, accompagne l’outil dans sa trajectoire et assure l’accélération de la partie percutante, qui arrive avec une grande force sur le point attaqué. Par contre, la bêche et la pelle sont d’abord posées sur le sol, puis enfoncées à l’aide du pied secondé par la poussée du bras : ce sont des outils à percussion posée, dont le résultat est évidemment différent quant à la profondeur de terre retournée.

Adaptée par excellence aux terres méditerranéennes, la houe possède pourtant un nom d’origine germanique, emprunté au francique *hauwa, lui-même dérivé d’un verbe signifiant sans doute “lancer”, ce qui correspond parfaitement à la nature de cet outil. Mais les populations méridionales n’ont jamais entendu parler de la houe, elles connaissent plutôt l’eissado des Occitans ou l’aixada des Catalans, issues du bas-latin *asciata, un dérivé du nom ascia, qui désignait toutes sortes d’outils percutants et tranchants : l’ascia lapidaria du tailleur de pierre, l’ascia lignaria du bûcheron et du charpentier (la doloire), ou encore l’ascia fossoria du terrassier.

De même, chaque partie de l’outil possède des noms différents en français et en catalan : dans une aixada traditionnelle à lame pleine, l’ull est la douille qui reçoit le manche ; l’extrémité arrière s’appelle el cas, et le coll rattache l’ull à la lame proprement dite. La ligne centrale de la lame est l’espigó, les bords latéraux sont les galtes ; enfin, la partie tranchante se creuse souvent au milieu pour former la boca, tandis que les deux extrémités de ce tranchant sont les fogons.

Il existe autant de houes que de régions, et autant de houes que d’activités (cliquer). Les tranchants seront tantôt droits, tantôt arrondis, tantôt légèrement creux, tantôt pointus (la lame prend alors la forme d’un coeur). Dans de nombreux cas, le revers de l’aixada s’allonge pour former un taillant (l’escarpell), ce qui permet d’accomplir deux activités avec le même outil. C’est le cas du magall (ou magall d’escarpell), sorte de houe à lame étroite utilisée dans les terrains pierreux et proche de la pioche. Parmi les divers avatars de la houe, il importe de faire une place particulière au bigòs.

Bâton à fouir lesté d’une pierre

Grande houe utilisée pour chausser les vignes (catalan “cavec”)

Houe permettant de creuser les trous pour planter la vigne

Le bigòs dans son royaume

Le bigòs est un outil si caractéristique des terres méridionales qu’il est très difficile de lui donner une traduction française exacte : certains l’appellent binette, d’autres parlent de bident, ou tout simplement de bigot. Il s’agit d’une houe à deux dents, déjà connue dans l’Antiquité, qui fait merveille dans les travaux où il faut gratter la terre, notamment sur des terrains pierreux comme ceux où poussent la vigne et l’olivier. Son nom est une déformation métaphorique du pluriel “bigots” qui désigne une paire de moustaches. Il lui arrive d’avoir, comme un râteau, trois ou quatre dents, et, comme les autres houes, il s’est vu souvent prolonger d’un escarpell ou taillant, qui permet de couper les racines et rejets indésirables.

Toutes les formes de houes ont continué à être utilisées jusqu’à nos jours, malgré la présence de l’araire (qui n’est pas un instrument coupant) et de la charrue (d’un emploi impossible sur les petites parcelles et les terrains trop escarpés ou caillouteux). L’aixada et la feixa sont indissociables dans l’histoire agricole du bassin méditerranéen depuis les temps les plus reculés, l’utilisation conjointe de cet outil et de cette bande de terre arrachée à la montagne aride ayant permis, pendant des siècles, aux plus pauvres de subsister vaille que vaille, quitte à s’engager chez les riches lorsqu’arrivait le temps de la moisson.

Un exemplaire de bigòs (ou bident)

Le pic et la pioche

Il semble que la bêche n’ait jamais joué un rôle essentiel dans l’agriculture de nos contrées. La pelle-bêche est un outil utilisé surtout dans le jardinage, là où la terre grasse et souvent arrosée permettra sa pénétration. Par contre, dès qu’il s’agit de creuser profondément une terre aride et caillouteuse, d’autres instruments sont indispensables.

Le pic est, avec le bâton à fouir, l’un des plus anciens outils utilisés par l’homme préhistorique : c’était alors un instrument formé par un silex long et étroit, taillé en pointe à son extrémité. Plus tard il devint métallique et on lui trouva de multiples usages. On devine toute l’importance qu’a pu avoir pendant des siècles le pic pour l’agriculteur, à une époque où il fallait arracher à la montagne les terrasses où l’on cultiverait la vigne.

Même chose pour la pioche, un instrument qui réunit deux outils autour d’un seul manche, généralement un pic et une sorte de longue houe étroite, encore que toutes les combinaisons soient possibles.

Pic primitif égyptien

L’immuable arada

L’arada est le nom catalan de l’araire, mais les agriculteurs roussillonnais lui ont donné un autre nom, l’aper, féminisé dans la prononciation sous la forme la pe, selon un phénomène d’aphérèse courant dans le langage de Catalogne nord. Avant d’aller plus loin dans l’histoire de cet outil fondamental, deux précisions s’imposent : la première, c’est que l’araire est composé de trois parties essentielles : le mancheron, le dental (ou sep) et l’age (timon ou chambige selon les régions), appelées respectivement en catalan l’esteva, el dental et la cama (ou corba). Le mancheron, tenu par la main de l’homme, permet de guider l’araire dans ses mouvements. Le dental est la pièce centrale qui entre en contact avec la terre, ouverte par la reille (rella) qui y est fixée. Enfin l’age, pièce généralement recourbée, qui donne à l’araire méditerranéen sa forme si particulière, permet de relier l’outil au brancard (el forcat), auquel seront attelées les bêtes de trait.

On peut distinguer trois types d’araires, selon l’agencement de ces trois pièces :

a) L’araire chambige : l’age (ou chambige) recourbé en est la principale pièce, dans la mesure où le mancheron et la reille en traversent la base. C’est l’araire le plus fréquemment utilisé dans l’Europe méridionale et la péninsule ibérique, donc celui que nous connaissons le mieux en Roussillon.

b) L’araire manche-sep : le mancheron et le sep (ou dental) ne forment qu’une seule pièce, traversée par l’age : on rencontre ce type d’araire surtout en Afrique du Nord.

c) L’araire dental (ou simplement dental, en catalan) : le sep (dental) est la pièce de regroupement de toutes les autres, qui viennent s’y encastrer. Cet araire se développera en Roussillon lorsque le métal remplacera le bois dans la construction d’instruments aratoires. A noter toutefois que les Roussillonnais ont coutume d’appeler dentals des araires qui sont en fait des araires chambiges.

La seconde précision, c’est qu’araire et charrue, que beaucoup de gens ont tendance à confondre, sont deux instruments différents, qui ont coexisté au fil des siècles, sans que l’un puisse être considéré comme plus archaïque que l’autre.

L’araire, qui effectue un travail en surface, rejette sur les deux côtés la terre émiettée et déplacée par le soc ; le champ de son action est amplifié par des oreilles situées de chaque côté du dental : c’est un instrument aratoire où tous les éléments sont symétriques par rapport à l’axe de l’age. La charrue est par contre un instrument aux éléments dissymétriques, le soc et le versoir étant disposés sur un seul côté. Quant à la présence d’un avant-train sur la plupart des charrues, elle était la conséquence logique de leur dissymétrie : mais il existe, surtout depuis l’invention de la charrue Dombasle au début du XIXe siècle, de nombreuses charrues sans avant-train (l’aper de ferro en est le meilleur exemple), et l’on connaît des exemples d’araires à avant-train, preuve que la différence fondamentale n’est pas celle-là, mais bien une question de symétrie.

Labour en Algérie (vers 1910 ?) à l’aide d’un araire très proche du modèle antique.

Description de “l’aper”

C’est donc l’araire chambige que nous décrirons ici de façon plus détaillée, cet aper (ou aper plà) que les agriculteurs des Aspres ou du Fenouillèdes ont continué à utiliser jusqu’aux années 1950. Sa pièce la plus caractéristique est la reille (en catalan rella), sorte de gros fer de lance en fer forgé qui va percer la terre et permettre la pénétration du dental.

Le mot vient du latin regula, avec le sens de “baguette”, qui nous indique clairement ce que furent les premières reilles : des baguettes de bois durcies, puis des barres de fer de section carrée, pointues à une extrémité, parfois aux deux. Ce type de reille, le carrelet, s’est maintenu longtemps dans le Massif Central. Par contre, depuis plusieurs siècles, la plupart des pays catalans avaient adopté une reille lancéolée, comme de nombreux agriculteurs roussillonnais en possèdent encore dans leurs granges. Sa forme la plus fréquente permet de distinguer la cua, les ales, l’espinada et la punta. C’est avec une rella que sant Galderic, le patron des agriculteurs, est souvent représenté sur les tableaux et les statues; c’est également cet outil qu’utilisaient les cambrioleurs d’autrefois quand ils voulaient fracturer une porte.

La reille s’appuie sur le dental (du latin dentalia), bloquée par un long coin de bois appelé tascó, de forme triangulaire, lui-même posé sur le dental : le sommet du triangle fend la terre en même temps que la reille, la raie étant ensuite élargie par les ailes munies d’oreilles en bois (orelles), elles-mêmes souvent prolongées par des sortes de petits versoirs métalliques (les escampadors). La reille et l’extrémité du mancheron sont maintenues sur le dental à l’aide de tendilles (estenilles) en fer, qui permettent de régler la profondeur du labour.

Le mancheron porte chez nous le nom d’esteva, du latin stiva qui avait déjà le même sens. Certains araires possédaient deux, voire trois mancherons ; ce n’est pas le cas de l’aper et des autres araires chambiges, avec un seul mancheron tenu d’une main par le laboureur, qui de l’autre manie l’aiguillon ou les rênes. Une encoche porte-rênes lui permet en effet de guider les bêtes.

Quant à l’age, partie essentielle de ce type d’araire, il est en principe composé d’une seule pièce de bois (du chêne-vert de préférence) courbée, d’où son nom de corba dans plusieurs régions. On distingue le cull de l’aper et le coll de l’aper, ainsi que la fusada qui permettra de relier l’araire au brancard. Cette fusada peut soit faire partie de la même pièce de bois que l’age, soit y être fixée (c’est évidemment le cas des fusades de ferro construites au XXe siècle).

Descrition d’un araire-chambige utilisé à Rabouillet (les termes diffèrent parfois du catalan, car Rabouillet n’était pas un village catalan)

L’araire du mas Tallaferro (cliquer)

Le mas Tallaferro est situé à St Michel de Llotes, sur la route de Casefabre. Il était autrefois la propriété de la famille Baills, qui y pratiquait une agriculture traditionnelle de type autarcique, ce qui suppose que l’agriculteur fabriquait lui-même ses outils, à l’exception des parties métalliques qui étaient commandées au forgeron. Le musée de St Michel de Llotes a pu recueillir l’araire fabriqué en 1932 par Pierre Baills, dont le fils Camille nous a raconté toutes les étapes de la construction.

Pour fabriquer l’age, la corba si l’on préfère (appelée également ici aibre de l’aper), Pierre Baills a choisi un chêne-vert de forme convenable, abattu en 1930, puis dont le bois a séché pendant deux bonnes années. C’est donc en 1932 qu’il a réellement fabriqué son outil, peint en bleu une fois achevé. Selon Camille Baills, la peinture jouait surtout un rôle décoratif : quand on passait dans le village avec son araire, on était fier de posséder un instrument susceptible d’éblouir les voisins. Le mancheron a été fait en bois de frêne, tout comme le dental, ce dernier étant peint en rouge. Quant au coin (le tascó ), c’est en bois de figuier qu’il a été confectionné. Toutes les parties métalliques, et notamment la reille, ont été réalisées par un maréchal-ferrant d’Ille appelé Lafore.

Cet araire s’adaptait au brancard, construit également par Pierre Baills en 1920 dans du frêne. La longueur totale du brancard est de 2,10 mètres, pour un empattement de 71 centimètres.

Si les araires étaient autrefois portés sur l’épaule, ce n’était plus le cas au début de notre siècle, routes et chemins étant devenus beaucoup plus praticables : on utilisait un traîneau permettant d’économiser les forces du laboureur.

A noter enfin que l’exemple de Pierre Baills ne doit pas être généralisé : à la même époque, beaucoup d’agriculteurs faisaient confectionner leurs araires par des spécialistes, les adriers. Il en existait deux à Ille, l’un, Germain, sur la route de Montalba, le second, Sampso, sur la Route Nationale, en dessous du foirail. Ils confectionnaient des outils sans doute aussi efficaces, mais nettement moins beaux : il y manquait sans doute l’amour de celui qui avait conscience de fabriquer une pièce unique, parfaitement adaptée à ses propres besoins.

Araire du mas Tallaferro

Arrivée tardive de la charrue

Il est difficile de savoir quand l’usage de la charrue s’est vraiment développé en Roussillon. Elle a sans doute d’abord fait son apparition en plaine, au cours du XIXe siècle, là où la terre nécessitait des labours profonds effectués auparavant à la bêche par une main d’oeuvre importante, ou encore à l’araire en inclinant l’instrument d’un côté pour assurer une meilleure pénétration au dental.

Les éléments essentiels d’une charrue sont à peu près les mêmes que ceux de l’araire, age, sep et mancherons. Mais l’ajout d’autres pièces entraîne d’importantes modifications : c’est d’abord l’avant-train, muni de roues de dimensions souvent inégales pour permettre à la charrue de garder sa stabilité lors du labour (une roue passe sur le guéret, partie de la terre non encore travaillée, l’autre dans la raie précédemment tracée). Autre élément nouveau par rapport à l’araire, le coutre, lame de fer destinée à découper la motte de terre, qui sera ensuite soulevée par le soc et renversée par le versoir. La charrue, beaucoup plus lourde que l’araire, nécessite la présence de deux mancherons pour assurer une meilleure conduite par le laboureur. L’age devient un axe très long sur lequel seront fixées toutes les pièces travaillantes. Soc et versoir sont situés dans le prolongement l’un de l’autre, formant en fait une seule pièce reliée à l’age par les étançons et située sur le côté de celui-ci (n’oublions pas que le principe du labour à la charrue repose sur la dissymétrie).

Dans sa forme primitive, la charrue est parfaitement adaptée au labour en billons et à sa variante la plus fréquente, le labour en planches. Le principe de ce labour est simple : une fois que la charrue a terminé sa première raie et qu’elle effectue le trajet en sens inverse, le versoir, qui se trouve orienté vers le sillon de terre soulevée par le premier passage, rejette à nouveau la terre sur celui-ci. Ce type de labour est excellent dans les sols humides, dont il facilite l’écoulement. Par contre, il n’est guère nécessaire en pays méditerranéen où on lui préfère le labour à plat : à chaque passage, on modifie l’orientation du soc et du versoir de façon à renverser toujours la terre dans la même direction. S’il était facile de modifier l’inclinaison d’un araire, muni de deux oreilles symétriques à l’axe, la chose se complique avec une charrue. Mais très vite sont nés des instruments de type tourne-oreille qui ont permis de simplifier la tâche du laboureur : l’oreille y est un versoir mobile, que l’on fixe alternativement d’un côté et de l’autre de l’age chaque fois que la charrue arrive à l’extrémité de la raie.

D’amélioration en amélioration, et toujours pour faciliter le labour à plat, on allait arriver à la charrue Brabant double, que les agriculteurs roussillonnais ont adoptée à partir des années 1900. L’instrument est composé de deux corps de charrue superposés que le cultivateur, à l’aide d’une poignée, fait pivoter de 180° autour de l’axe quand il arrive à l’extrémité des raies. On se retrouve donc avec deux coutres, deux socs et deux versoirs, auxquels on a même ajouté deux rasettes placées en avant des coutres, qui permettent de nettoyer le sol avant son retournement (la rasette, formée d’un petit soc et d’un petit versoir, permet de retourner l’herbe à l’endroit où passera le coutre). L’avant-train automatique avec régulateur entraîne la suppression des mancherons, réduits le plus souvent à de simples poignées.

Parallèlement se sont développés d’autres types de charrues, adaptées à des travaux spécifiques (labours entre les arbres ou les souches de vigne). Ces charrues sont le plus souvent montées sur un support à une roue, avec des mancherons dissymétriques pour pouvoir passer le long des arbres (un mancheron se trouve placé dans le prolongement de l’age). Elles sont peu stables, et réclament beaucoup d’expérience de la part de leurs utilisateurs, dont certains avaient trouvé l’astuce de fixer une planchette de fer sur un côté de l’age afin de faire contrepoids au soc.

Dans ce domaine, les progrès sont venus de la viticulture, avec l’invention de la “bineuse universelle” Plissonnier, dont le bâti permet toutes les transformations : on peut y adapter notamment un corps de butteur, de tourne-oreille, de bisoc, d’arrache pommes de terre, de ratisseuse, ce qui permet au petit propriétaire de se procurer un outillage complet à peu de frais.

Notons enfin une dernière révolution, celle provoquée par l’apparition de charrues multisocs, à l’image de la canadienne qui, souvent sur un bâti de herse, se compose d’un ensemble de petits socs en nombre variable montés sur des dents souples ou semi-rigides, qui servent à ameublir la terre en surface ou à briser les mottes, et dont un seul passage peut remplacer plusieurs allées et venues de l’araire. Cette dernière invention, suivie du développement de la motoculture, allait achever de mettre au rancart les antiques instruments aratoires, dont l’aper plà, qui avait su pourtant se maintenir pendant des décennies face aux avancées du progrès.

Charrue brabant double (cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Bineuse universelle Plissonnier

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