La vigne et ses problèmes

Le paysan roussillonnais travaillait la vigne dès l’époque carolingienne, et l’on assiste, entre le IXe et le début du XIVe siècle, au défrichement de nombreuses terres sur lesquelles le vignoble s’installe de façon durable. Le mouvement, freiné par la dépopulation consécutive aux grandes pestes, reprend de plus belle au XVIIIe siècle, chaque paysan pauvre ayant ses petites feixes arrachées à la montagne au prix d’un labeur épuisant. Puis vient le XIXe siècle, au cours duquel le vignoble s’installe en plaine, au fur et à mesure que la culture des céréales perd sa rentabilité. C’est la naissance des grands domaines viticoles, qui vont entraîner la mécanisation des tâches et la recherche du rendement, souvent au détriment de la qualité. En 1878, le phylloxéra envahit le département, entraînant la ruine de nombreux exploitants. Nouveau coup dur en 1907, où la mévente et l’effondrement des cours provoquent la colère des vignerons. Pourtant, la viticulture ne meurt pas, et les caves coopératives permettront aux plus pauvres de s’unir afin de mieux commercialiser leurs récoltes. Plus tard, même après le développement de l’arboriculture fruitière, la plupart des exploitants agricoles continueront à posséder quelques parcelles de vigne, et l’on peut dire que, du Moyen-âge à nos jours, chaque paysan a toujours été vigneron…

Sommaire

La taille de la vigne

Reconstitution du vignoble

Les labours

La grêle

Les maladies de la vigne

Les vendanges

Le phylloxéra

La taille : de la podadora au sécateur

La vigne demande au paysan un travail qui s’étend sur l’année entière. Certaines tâches peuvent difficilement être mécanisées, mais les progrès de l’outillage les ont rendues moins pénibles : c’est le cas de la taille, où ciseaux et sécateurs ont fini par remplacer l’antique serpe connue en catalan sous le nom de podadora.

La forme de cet outil n’a guère varié depuis l’Antiquité romaine, où il portait le nom de falx vineatica. Il est composé de deux taillants, d’un côté un serpette en forme de croissant plus ou moins accentué, de l’autre une sorte de hachette permettant de couper les rejetons et les chicots de bois mort. La serpette donnait d’excellents résultats, car elle faisait des incisions nettes, toujours obliques, ce qui ne fut pas toujours le cas de certains sécateurs utilisés par la suite, qui avaient l’inconvénient d’écraser un peu le bois lorsqu’ils n’avaient qu’une lame tranchante.

Avant d’en arriver au véritable sécateur, les vignerons du Midi sont passés par une étape qui a duré plusieurs décennies, celle du sécateur sans ressort, que nous appellerons ciseaux à tailler, un outil de grandes dimensions exigeant un effort considérable des deux mains.

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Serpette pour tailler la vigne (podadora). On remarque, gravé sur la lame, le nom du propriétaire de l’outil (Palau. P)

Les labours

Vers les années 1900, on multipliait les labours, sans doute parce qu’on les jugeait indispensables pour combattre le phylloxéra et les autres parasites américains dont nous parlerons plus loin. Mais diverses expériences ayant montré qu’une terre trop souvent labourée était moins rentable en qualité et même en quantité, on est revenu peu à peu à des méthodes plus sages. Le viticulteur roussillonnais se contentait en fait de deux labours :

Le premier, ou labour d’hiver, destiné à aérer la terre, est un labour croisé. On s’occupe d’abord de la largeur de la vigne, où l’on va effectuer entre chaque rangée de ceps cinq passages avec la charrue (aper de ferro), puis de la longueur, où l’on passera également cinq fois la charrue entre les rangées, mais selon une technique très particulière : la première raie (celle du centre) est effectuée à l’aide de l’araire (aper pla) ; puis la charrue (aper de ferro) va effectuer deux passages, et enfin la déchausseuse s’approchera au maximum des souches afin de les débutter. Le résultat de ce labour est la formation d’un billon. On appelle cette opération embordar ou embordonar. Il faut ensuite compléter le travail de la déchausseuse à l’aide de la houe ou du bigos, afin de bien dégager la souche et notamment de couper les racines nées du greffon français.

Le labour de printemps (curar), effectué en mai-juin, est un binage qui permet d’abord de niveler le sol remué par les labours précédents, et aussi de faire disparaître les mauvaises herbes. On se contente cette fois de passer l’aper de ferro dans un seul sens, en effectuant quatre passages dans chaque rangée. En cas d’années pluvieuses, et donc herbeuses, il faudra faire un nouveau passage avec les ales, c’est-à-dire une reille portant de grandes ailes.

Il est évident que l’usage de charrues n’est pas possible dans les vignes en coteaux escarpés, où tous les travaux doivent s’effectuer à la main, le bigos jouant alors un rôle essentiel.

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Charrue vigneronne Bajac

Les maladies de la vigne

Si la culture de la vigne demande autant de temps et d’abnégation, c’est que cette plante semble prendre plaisir à accumuler les maladies les plus diverses et les plus imprévues. Insectes et champignons ont provoqué des ravages souvent considérables, et chaque fois il a fallu trouver l’antidote, après avoir perdu plusieurs récoltes : oïdium, phylloxéra, mildiou ne sont que les plus connus des innombrables dangers qui menacent le vignoble et exigent un traitement préventif énergique.

L’oïdium, dont la première apparition en France remonte à 1847, est une maladie causée par un champignon, l’Erisyphe Tuckeri, qui attaque tous les organes verts de la vigne : les raisins atteints deviennent grisâtres, enfarinés, puis noirâtres, tout comme les feuilles. Si l’attaque a lieu sur les grappes au moment de la floraison, les petits grains se dessèchent et tombent ; si elle a lieu lorsque les grains sont plus gros, ceux-ci se fendillent et la pulpe se décompose peu à peu sous l’effet des bactéries et des moisissures. La maladie s’arrête au moment de la véraison, c’est-à-dire quand les grains perdent leur coloration verte et commencent à mûrir.

Ce champignon se développe surtout lorsque l’atmosphère est chaude et humide, par temps couvert. Dès le XIXe siècle, on s’est aperçu que le soufre en poudre était le meilleur remède à employer contre lui à titre préventif. Sauf en cas d’invasion intense, deux soufrages suffisent dans l’année, mais ils doivent être faits à des moments assez précis : le premier lorsque les pousses ont entre 7 et 10 centimètres de longueur, le second se faisant traditionnellement pour la Saint-Jean.

Les instruments employés pour le soufrage furent d’abord de petits soufflets ou des soufrettes (sofreres) reposant sur le même principe : le soufre est mis dans le compartiment supérieur d’une boîte en fer-blanc ; il passe à travers une toile métallique et se trouve expulsé au dehors par le courant d’air ou le mouvement d’agitation qui traverse la boîte. Ces boîtes étaient de faible contenance, et le viticulteur devait les remplir souvent : à cet effet, il portait sur lui un petit sac de jute contenant sa réserve de soufre et appelé musette à soufrer.

On continua à utiliser les soufrettes pour traiter la vigne en bourgeons, mais le second soufrage fut pratiqué à l’aide d’un appareil beaucoup plus gros, appelé généralement Torpille, nom que lui avait donné le fabricant Vermorel. Un peu plus tard, vinrent des soufreuses encore plus perfectionnées, les Procall.

Le mildiou est apparu pour la première fois en France en 1878. Comme l’oïdium, il nous vient d’Amérique et est transmis par un champignon, le Plasmophora viticola (ou le Peronospora viticola), qui attaque tous les organes verts de la vigne. Sur les grappes, avant la floraison, il provoque la coulure : les pédoncules noircissent et se dessèchent, les fleurs avortent et tombent S’il attaque les jeunes grains il provoque des efflorescences d’un blanc grisâtre, et porte alors le nom de rot-gris. Si les grains sont plus gros, ils prennent une teinte brune et l’on parle de rot-brun.

Contrairement à l’oïdium, qui se développe sur l’extérieur de la vigne en la recouvrant de mycélium, le mildiou vit à l’intérieur des tissus de la plante. Il a donc fallu trouver un autre traitement, en l’occurrence le sulfate de cuivre : mais celui-ci, employé seul, brûlerait les feuilles de la vigne. Pour neutraliser son acidité ou la diminuer, on l’a mélangé avec une base, généralement de la chaux ou du carbonate de soude, de façon à former une sorte de bouillie : la bouillie bordelaise est un mélange de sulfate de cuivre, de chaux grasse et d’eau ; la bouillie bourguignonne remplace la chaux par du carbonate de soude.

Une fois la bouillie préparée, il faut l’utiliser tout de suite, car elle ne se conserve pas. Voilà pourquoi la préparation se faisait dans la vigne même, ce qui supposait soit la présence d’une citerne à proximité, soit le transport de comportes pleines d’eau qui permettaient de fabriquer la bouillie pour une journée. La plus ancienne méthode utilisée pour répandre le produit sur la vigne consistait à utiliser une poignée de brindilles de chêne (el ramàs) trempées dans un seau de bouillie porté sur le bras. Il était évidemment plus efficace et plus rapide de répandre la bouillie sous forme d’un nuage de fines poussières à l’aide d’un pulvérisateur, et très vite chacun s’est doté de ce genre d’appareil. On distingue les pulvérisateurs à petit travail (portés à dos d’homme), les pulvérisateurs à bât et les pulvérisateurs à traction.

Trois traitements au moins sont nécessaires : le premier lorsque les pousses ont atteint 10 à 15 cm, le second aussitôt après la floraison, et le troisième au commencement de la véraison. On peut aussi sulfater une quatrième fois au mois d’août, ce qui permet de conserver les feuilles jusqu’au bout pour favoriser un bon mûrissement. Si la saison est humide, il faut sulfater presque chaque semaine, et l’on peut arriver au total de sept ou huit sulfatages dans l’année.

Chaque viticulteur se faisait une fierté de préparer une bouillie d’un beau bleu intense, les teintes vert-de-gris étant jugées comme une preuve de maladresse ; le sulfate de cuivre en cristaux donnait paraît-il un plus joli bleu que le “cuivre-neige”. Certains utilisaient parfois d’autres préparations, telle la poudre Chefdebien élaborée à Prades, mélange de stéarite et de cuivre répandu à l’aide d’une torpille. Mais les qualités de ce produit étaient discutables, certains allant même jusqu’à dire qu’il favorisait la propagation du mildiou au lieu de le combattre : la vérité, c’est que les viticulteurs n’avaient confiance qu’en leur propre bouillie et aux petits secrets de fabrication qu’ils étaient fiers d’avoir découverts.

De nos jours, on n’en est plus là, et l’on fait généralement confiance aux produits élaborés en laboratoire, par exemple les systémiques qui offrent l’avantage de faire pénétrer le produit dans la sève, où son action sera beaucoup plus efficace contre ce type de parasite.

Le sulfatage permet de lutter contre d’autres maladies du vignoble, elles aussi d’origine américaine : le black-rot, constaté pour la première fois en France en 1885, ainsi que le rot blanc. Soufre ou sels de cuivre sont également nécessaires pour combattre le pourridié et la pourriture grise (due au Botrytis cinerea).

S’il faut préserver la vigne de tous ces champignons, il faut aussi la protéger des insectes : l’altise ou puce de la vigne, les charançons, la pyrale et la cochylis, ainsi que le vespère de Xatard.

La pyrale de la vigne est un papillon ne dépassant pas deux centimètres d’envergure : le cycle de ce lépidoptère commence en août, lorsque les femelles pondent des myriades d’œufs qui donneront naissance deux semaines plus tard à de toutes petites chenilles (1 à 2 mm de long). A cette époque-là, les chenilles ne mangent pas : elles vont s’abriter dans les diverses crevasses du cep, où elles filent de petits cocons grisâtres qui leur permettront de résister aux froids de l’hiver. C’est au printemps qu’elles sortent de leur léthargie, commençant à manger les feuilles et tissant un entrecroisement de fils de soie qui entravent la végétation. Divers moyens de lutte ont été envisagés : destruction des papillons, nocturnes, à l’aide de pièges lumineux tels que lampes à acétylène ; écorçage des ceps avec des brosses métalliques ; badigeonnages insecticides ; clochage, ou sulfurisation, pour détruire les larves en les plaçant pendant un certain temps dans du gaz sulfureux ; ou encore l’échaudage, procédé imaginé en 1840 par Raclet, un vigneron bourguignon, qui consiste à détruire les larves de pyrale avec de l’eau bouillante versée sur les souches : l’eau bouillante est produite dans des chaudières et distribuée sur les souches à l’aide de cafetières, ou par un tube en caoutchouc relié directement à la chaudière.

La cochylis, ou teigne de la grappe, appartient à la famille des tordeuses, dont les chenilles enveloppent les feuilles ou les jeunes fleurs ou fruits de faisceaux de fils de soie sous lesquels elles trouvent à la fois protection et nourriture. Comme la pyrale, le papillon est nocturne, et les traitements sont assez semblables, sauf que l’échaudage est ici peu efficace : très tôt on lui a préféré l’usage du pulvérisateur ou de la soufreuse.

Parmi les autres lépidoptères attaquant la vigne, il faut citer l’eudémis, papillon proche de la cochylis et combattu par les mêmes moyens, ainsi que les noctuelles. Précisons cependant que ces divers insectes, même la pyrale et la cochylis, n’ont jamais été trop redoutés par les viticulteurs du département, qui ont surtout eu affaire au vespère de Xatard. C’est un insecte d’environ deux centimètres de long, ressemblant un peu au capricorne. La femelle pond de 200 à 400 oeufs sous l’écorce des ceps. Au printemps, il en sort de grosses larves qui s’enfoncent sous le sol et mangent les racines, produisant des dégâts parfois considérables. On a combattu l’insecte par des injections de sulfure de carbone dans le sol, en creusant une petite cuvette autour du cep. Le vespère de Xatard a une préférence marquée pour les jeunes vignes, d’où le nom de ruega mallols qui lui avait été attribué en Roussillon.

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Soufreuse “la Torpille” de Vermorel, utilisée vers la Saint-Jean

Pulvérisateur Vermorel

(traitement contre le mildiou)

Préparation de la bouillie bordelaise à Corbère

Chaudière Vermorel

(ébouillantage des ceps pour combattre la pyrale)

Gant Sabaté pour écorcer les ceps

(lutte contre la pyrale)

Le phylloxéra

La fin du XIXe siècle fut marquée par l’arrivée en France d’un terrible hémiptère, le phylloxéra, introduit en Europe avec les vignes américaines, qui nous avaient déjà apporté l’oïdium et nous donneraient encore le mildiou et les divers rots. On l’a observé pour la première fois dans le Gard en 1864, et il a été déterminé en 1868 par Planchon, qui lui a donné le nom évocateur de phylloxera vastatrix. L’invasion s’est surtout faite sentir de 1873 à 1880, le Roussillon ayant été pour sa part touché à partir de 1878. Les ravages du phylloxéra ont été considérables, car aucun moyen de destruction ne s’est avéré totalement efficace, malgré une étude minutieuse de l’insecte :

Les insectes mâles et femelles s’accouplent à la fin de l’été. La femelle pond sur les souches un oeuf unique, appelé oeuf d’hiver. Celui-ci éclôt au printemps et donne naissance au phylloxéra aptère, ou sans ailes, qui descend sur les racines aux dépens desquelles il vit, d’où son autre nom de phylloxéra radicicole. Il se reproduit alors dans des proportions considérables, et ses innombrables colonies finissent par épuiser la vigne et par la tuer. A noter que le phylloxéra aptère est toujours une femelle.

En été, certains des phylloxéras aptères se transforment en nymphes, puis en phylloxéras ailés, qui, à l’aide de leurs ailes étendues et du vent, propagent le mal au loin. Ils pondent à nouveau, mais donnent cette fois-ci naissance à des femelles et à des mâles, qui ne vivent que quelques jours et sont uniquement destinés à la reproduction, assurant la ponte de l’oeuf d’hiver, qui recommence le cycle.

Parmi les divers traitement essayés avec plus ou moins de succès, il faut surtout noter l’emploi de sulfure de carbone, injecté dans le sol à l’aide d’un pal (le pal Vermorel), ou encore, là où cela était possible, le traitement par submersion, l’eau faisant périr le phylloxéra par asphyxie. Le progrès essentiel a été fait lorsqu’on s’est aperçu que les ravages de l’insecte étaient sans effet sur les plants de vigne américaine. On a donc greffé les cépages français sur des porte-greffe américains, et par la suite on n’a plus jamais entendu parler du phylloxéra. Cependant, l’insecte avait détruit des centaines d’hectares de vignes qui n’ont plus jamais été replantées par la suite, et entraîné la ruine de très nombreux petits viticulteurs, trop pauvres pour reconstituer leur vignoble.

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Nymphe du phylloxéra

Cliquez pour voir la planche complète de l’insecte

Reconstitution du vignoble au château de Caladroy

Le château de Caladroy est situé sur la commune de Bélesta, à proximité du col de la Bataille. Détruit par le phylloxéra, son vignoble s’est rapidement reconstitué, et pour cela on a utilisé les gros moyens. Qu’on en juge par les lignes qui suivent, extraites d’un rapport de la SASL destiné à justifier l’octroi d’une récompense (“médaille d’argent grand module”) au propriétaire du domaine :

“M. Auguste Delebart-Pech, filateur à Lille, propriétaire depuis 1891 du château de Caladroy, a continué la reconstitution, commencée en 1886 par M. Pech, son beau-père, du vignoble de ce domaine.

“Le domaine de Caladroy… a une contenance d’environ 532 hectares, dont 72 en terres labourables, 70 en vignes et 390 en bois. Il est à l’aspre et le sol est partout plus ou moins schisteux.

” De 1886 à 1891, il a été planté par M. Pech 5 hectares. De 1892 à 1894 inclus, il a été planté par M. Delebart-Pech 65 hectares. Les vignes sont plantées à une distance de 1 mètre 75 sur une face, et à une distance de 1 mètre 50 sur l’autre.

“Toutes les terres plantées ont été défoncées, savoir :

– celles plantées de 1886 à 1892 par trois paires de boeufs ;

– celles plantées en 1893, partie par six paires de chevaux, partie par la charrue à vapeur ;

– celles plantées en 1894 par la charrue à vapeur…

“Les plantations ont été faites avec des racinés et des boutures. Le riparia, le jacquez et le rupestris ont été employés comme porte-greffes, le carignan et le grenache comme greffons…

“30 hectares ont été greffés en 1894. Ils comprennent : la vigne dite des Quatre Chemins, 7 hectares ; la vigne dite Camp de las Fourques, 16 hectares ; la vigne dite Roure dal Poubill, 3 hectares ; la vigne dite Clot de la Bigne, 4 hectares.

“Les vignes sont bien travaillées et très proprement tenues… La Société décerne à M. Delebart-Pech une médaille d’argent grand module.”

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Publicité de charrue à vapeur pour reconstituer le vignoble

Un ennemi redouté : la grêle

Les dégâts occasionnés à la vigne par la grêle sont souvent terribles. Dès le XIXe siècle, les viticulteurs étaient convaincus que des explosions violentes et répétées produisaient d’énormes déplacements d’air et avaient une action sur les nuages, transformant la grêle en pluie. On a donc tout essayé, mais avec des résultats pas toujours très convaincants : ballons explosibles, bombes, canons, fusées.

Nous n’insisterons pas sur les fusées, dont l’emploi s’est conservé jusqu’à nos jours, ni sur les ballons explosibles, qui n’ont pour leur part duré que quelques années. Les bombes, celles du docteur Vidal par exemple, étaient lancées au moyen d’un tube porte-bombe. Elles garantissaient une zone d’efficacité variant entre 450 et 500 mètres de rayon. Quant au canon paragrêle, c’était une arme assez étonnante, bien dans l’esprit de la fin du siècle dernier :

Il se composait en général de trois parties : “1° un détonateur plus ou moins ingénieux où se produit la détonation ; c’est tantôt une culasse semblable à celle du fusil Chassepot (canon Idéal, système Quelin et Verras) dans laquelle on met une gargousse en papier contenant 200 grammes de poudre ; la mise à feu se fait par un répercuteur venant frapper une capsule ordinaire ; tantôt une sorte de mortier (canon système Hœny), ou encore une espèce de petit réservoir où fait explosion un mélange d’acétylène et d’air (canon système Mabille) ;

2° Un entonnoir en tôle plus ou moins long et plus ou moins large pour amplifier les détonations et permettre aux vibrations d’engendrer une espèce de projectile gazeux en forme d’anneau appelé tore, lequel s’élève en l’air en faisant entendre un sifflement caractéristique ;

3° Un support plus ou moins élevé.”

Un canon était censé protéger environ 25 hectares, mais dès le début du XXe siècle on doutait de l’efficacité de cette arme, qui devait être assez tôt abandonnée au profit des fusées et des pétards. De nos jours, en liaison avec les stations météo, on continue d’utiliser des fusées, mais les techniques et surtout l’explication scientifique du phénomène ont été énormément perfectionnées, ce qui n’exclut pas hélas les dégâts provoqués par certains orages trop violents pour être combattus avec efficacité.

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Canon grêlifuge

La vendange

Lorsque la vigne a échappé à tous les dangers que nous venons d’évoquer, arrive enfin le moment des vendanges, récompense de tant de mois de labeur acharné. Si les gestes des vendangeurs n’ont guère changé depuis des siècles (le sécateur ayant cependant remplacé la serpette), les procédés de vinification ont subi d’importantes transformations. Le sujet est tellement vaste que nous ne l’aborderons pas ici.

Mais il faut rappeler qu’avant la naissance des coopératives chaque viticulteur se devait d’être lui-même capable de vinifier sa récolte. D’où une importante activité à l’approche des vendanges, cuves et tonneaux étant soigneusement nettoyés dans les caves de tous les propriétaires, du plus petit au plus gros.

La vendange commence aux alentours du 15 septembre, le densimètre utilisé dès le XIXe siècle étant là pour attester la maturité du raisin. Une fois les grappes coupées, se déroule le foulage, accompli dans des grandes cuves à pieds d’hommes, selon une tradition séculaire, puis à l’aide d’instruments appelés fouloirs. Le premier vin obtenu après le foulage se nomme “vin de goutte”. Le raisin foulé sera ensuite pressuré (de nombreux villages possédaient un pressoir communal allant de maison en maison), ce qui donne le “vin de pressurage”. Puis vient la fermentation, qui transforme le sucre du raisin en alcool. Une fois celle-ci terminée, on procède au soutirage, c’est-à-dire que l’on transvase le vin dans d’autres fûts pour le débarrasser de la lie qui s’est déposée. Un second soutirage sera nécessaire avant de livrer le vin à la consommation, et cette opération s’accompagne du collage : on agite fortement le vin en y mêlant des blancs d’œufs et de la gélatine, de façon à précipiter au fond du tonneau les matières que le vin tient en suspension et qui le rendent trouble.

Rappelons qu’autrefois les vignerons pouvaient fabriquer leur propre eau-de-vie, en utilisant le marc laissé par le pressurage : ce privilège des bouilleurs de cru fut supprimé en 1953 par le gouvernement Mendès-France. Comme il était difficile à chacun de posséder un alambic, on attendait l’arrivée au village d’un distributeur ambulant à qui l’on portait son marc et qui vous restituait en échange une eau-de-vie titrant de 60 à 70°, moyennant une rétribution modeste. Dans les années 30, les gens de Vinça utilisaient ainsi les services d’un nommé Duran, qui arrivait sur la place avec son alambic et fournissait leur eau-de-vie à tous les vignerons qui n’avaient pas recours à la distillerie proposée aux membres de la cave coopérative.

Il n’est pas dans notre propos de décrire ici les profondes transformations qui se sont produites dans la vinification. Comme pour tous les travaux de la vigne décrits plus haut, nous nous sommes contentés de présenter au lecteur des activités traditionnelles, commençant tout juste à profiter des progrès de l’oenologie, une science qui a d’ailleurs mis bien du temps avant d’acquérir ses lettres de noblesse auprès des vignerons catalans.

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Fabrication d’eau-de-vie à Bouleternère

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