Bourg-Madame,

La Guingueta d’Hix

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Vue générale
de l’église d’Hix
Chapiteau d’une fenêtre
de l’abside
Détail des ferrures
de la porte

Superficie et situation géographique

Commune de 785 hectares, depuis la fusion de Bourg-Madame et de Caldegas en 1973. Nous sommes en Cerdagne, sur cet immense plateau où l’altitude dépasse rarement les 1200 mètres, à proximité de la frontière espagnole à l’ouest et au sud-ouest, et de l’enclave de Llivià au nord-est.

Bourg-Madame est traversé par le Segre, ainsi que par son affluent le ravin de Nervols, venu de Nahujà. Un autre affluent du Segre, le Reür (ou Rahur) sert de frontière entre Bourg-Madame et Puigcerdà.

Communes limitrophes : Puigcerdà (Espagne), Ur, Llivià (Espagne), Sainte-Léocadie, Nahujà, Ossejà, Palau-de-Cerdagne.

Première mention historique et origine du nom

Le nom de Bourg-Madame date de 1815 (voir plus bas). Celui d’Hix, mentionné pour la première fois en 839 sous la forme Hyxi, a une origine assez obscure. Il s’agit visiblement d’un toponyme préroman, qui pourrait être rapproché du basque etxe (= maison), ou encore de la racine ezki (= peuplier). Précisons également que Guingueta, apparu en 1693, est une catalanisation du français guinguette.

Quant à Caldegas (en catalan Caldegues), mentionné également en 839, il faut sans doute le considérer comme un nom composé, Caldas Aquas (= les eaux chaudes), encore que la présence de l’adjectif devant le nom soit très rare en catalan. Mais les autres hypothèses émises ne sont guère plus convaincantes.

Les recensements

1999

1990

1982

1901

1836

1267

1238

1257

367 + 126

220 + 163

Les chiffres de 1901 et de 1836 tiennent compte du fait que Bourg-Madame, cité en premier, et Caldegas étaient deux communes distinctes.

Bref aperçu historique

L’aperçu historique commence forcément avec le village d’Hix, qui fut aux alentours de l’an Mil le plus grand marché de la Cerdagne, où les comtes de Cerdagne puis les rois de Catalogne-Aragon avaient une résidence d’été. Mais, en 1177, jugeant sans doute que son château d’Hix était mal protégé, le roi Alfons décida de transférer le château et l’essentiel de la population à Puigcerdà, qui devint ainsi la principale ville du plateau cerdan. C’était le premier coup porté à Hix, mais pas le dernier.

Devenu beaucoup moins important, le village continuait d’être soumis à la juridiction royale. Mais son déclin ne faisait que commencer. A partir de l’annexion du Roussillon par la France, le village était devenu la frontière entre la France et l’Espagne, si bien qu’une activité de plus en plus importante se développait au poste-frontière, en l’occurrence le pont sur le Reür. En 1693, une auberge y avait été construite par un nommé Andreu Giraut, elle avait eu aussitôt une grande notoriété et était devenue “la Guingueta d’Hix”, ou tout simplement “la Guingueta”. Par la suite, une auberge municipale s’était installée près de celle d’Andreu Giraut (d’où le nom de “les Ginguetes” donné parfois à Bourg-Madame).

Et nous en arrivons en 1815. Cette année-là, le duc d’Angoulême (époux de la fille de Louis XVI), sentant la victoire prochaine, revenait en France après un long exil en Espagne. Les gens de la Guingueta lui ayant fait fête, il décida, en accord avec eux, de donner un nouveau nom au village. On lui proposa d’abord Bourg-Angoulême, mais il préféra mettre sa femme en exergue, et on choisit finalement d’appeler la nouvelle commune Bourg-Madame. Par la même occasion, Hix cessait d’exister en tant que commune. Par la suite, Bourg-Madame n’a cessé de se développer, sa population dépassant le cap des 1000 habitants à partir du recensement de 1975 (après le rattachement de Caldegas).

Il faut maintenant évoquer Caldegas (Caldegues), rattaché à Bourg-Madame en 1973. Partagé entre divers seigneurs au moyen âge, le village devint, à partir de 1632, propriété royale, et le resta jusqu’à la Révolution. On doit également rattacher à Caldegas le petit village d’Oncés, documenté dès le Xe siècle, qui possédait une église dédiée à saint Julien.

L’église paroissiale

Il existe une église paroissiale à Bourg-Madame, mais c’est un bâtiment de la fin du XIXe siècle sans grand intérêt.

Egalement paroissiale, et beaucoup plus intéressante, l’église d’Hix, dédiée à saint Martin, est un bel édifice roman du XIIe siècle. Elle ressemble par bien des points (notamment les sculptures extérieures) à celle de Lló, dont elle est visiblement contemporaine. On remarquera notamment le charme des colonnettes qui ornent les fenêtres extérieures. Le clocher quadrangulaire s’élève à partir du toit, et ne constitue pas une tour adjacente comme c’est généralement le cas. A l’intérieur, il faut surtout noter une Vierge à l’Enfant polychrome et un Christ en croix, tous deux du XIIIe siècle. Les retables baroques sont eux aussi intéressants : celui du maître-autel date de 1738, et celui de saint Michel de 1774. Un autre retable date du XVIe siècle.

Autres monuments et lieux à visiter

Pour rester dans les églises, celle de Caldegas, dédiée à saint Romain, mérite le détour. C’est un édifice roman à une nef, qui semble dater du XIe siècle. L’abside conserve des restes de peintures murales : outre les représentations traditionnelles (Christ en majesté), on remarquera celle d’un chevalier partant à la chasse, faucon au poing. Ces peintures semblent dater du XIIIe ou du XIVe siècle. L’église a été agrandie au XVIIIe siècle, et plusieurs retables baroques ornent les chapelles latérales. Quant au retable du maître-autel, lui aussi baroque, il a été construit par le sculpteur barcelonais Jaume Pujol et doré par Josep Soler (1713/1727).

Pour revenir à Bourg-Madame, ce qui a toujours fait le charme du village, c’est sa proximité de la frontière (même si celle-ci n’est plus aujourd’hui que symbolique), qui entraîne une grande animation dans la rue principale, où se mêlent Catalans du sud et du nord, sans compter les touristes venus d’un peu partout, pour la plus grande joie des commerçants. Et puis, il suffit de passer le pont pour se retrouver en Espagne, à Puigcerdà.

Les noms les plus portés en 1841 par ordre d’importance

Autres listes de noms

  • Bourg-Madame : Barrère, Marti, Gervès, Vernis, Palau, Viol, Badie, Calvet, Cotxet, Grau, Llanes, Roncoule.
  • Caldegas : Girbès, Delcor, Puig, Carcassona, Morer, Arro, Augusti, Calvet, Giraut, Jubal, Viladomat.

1497, Hix : Agostí Fabre, Johan Fabre, Johan Ricolff, Jaume Steva, Johan Steva.

1497, Caldegas : Jaume Adroer de Onzes, En Thomàs Casellas de Onzes, Guillem Garau.

Autres liens sur le site

Cartes postales anciennes : villages de Cerdagne.

Liens internet

Office du tourisme : quelques renseignements
Le collège de Bourg-Madame
Bourg-Madame sur le site Cerdagne-Capcir

Renseignements complémentaires

Comment la Guingueta devint Bourg-Madame

Je ne reviens pas sur les faits cités plus haut. J’ai voulu simplement reproduire ici l’acte du duc d’Angoulême, daté du 10 juillet 1815, quelques jours avant qu’il quitte Puigcerdà pour regagner la France, Napoléon ayant définitivement perdu le pouvoir :

“Nous, Louis-Antoine de France, fils de France, duc d’Angoulême…

En vertu des pouvoirs qu’il a plu au Roi de nous donner en date du 5 mars dernier, sur la demande qui nous a été adressée à notre passage aux Guinguettes par le maire et les principaux habitants de la commune d’Hix, ayant pour objet d’obtenir de nous la permission la permission de changer le nom des Guinguettes en celui de Bourg-Madame ;

Considérant que les Guinguettes, quoique composées d’un petit nombre de maisons, sont réellement l’entrepôt d’un commerce très considérable avec l’Espagne et très avantageux pour la France ; que ce hameau renferme les plus riches propriétaires de la commune, tandis que le village d’Hix est principalement habité par des fermiers ;

Qu’il est juste d’encourager la population d’un lieu qui réunit tant d’éléments de prospérité pour les cantons voisins ;

Voulant d’ailleurs donner à ses habitants une preuve de notre satisfaction de la joie qu’ils ont manifestée à notre retour ;

En vertu des pouvoirs qui nous sont confiés par le Roi, notre seigneur et oncle, avons ordonné ce qui suit :

Art. 1 : La portion de la commune d’Hix connue jusqu’à ce jour sous la dénomination des Guinguettes est autorisée à prendre le nom de Bourg-Madame.

Art. 2 : Ce lieu étant sans contredit la portion la plus importante de la commune, et, de plus, offrant déjà une source de richesse aux communes voisines, le siège de la municipalité d’Hix y sera transporté, à la charge par le Bourg-Madame de supporter tous les frais relatifs à cette translation.”

Suivent encore deux articles sans grand intérêt. On aura remarqué au passage combien un fermier comptait peu en comparaison d’un riche propriétaire. Décidément, les espoirs nés de la Révolution ne sont plus qu’un lointain souvenir.

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