Montalba-le-Château,

Montalbà del Castèl

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Le village (cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Superficie et situation géographique

Montalba-le-Château est une commune de 1590 hectares située en Fenouillèdes, autrement dit en France depuis le XIIIe siècle. La commune se trouve à la frontière avec l’ancienne province du Roussillon (Ille, Rodès). Son territoire, presque entièrement granitique, s’élève au nord-ouest jusqu’à 661 mètres (limite avec Caramany et la forêt de Balderbe), le village se situant pour sa part à 480 mètres d’altitude. La plupart des terres agricoles sont consacrées à la vigne, le reste du territoire étant occupé par des prés souvent humides (mouillères), des landes et des bois de chênes verts. La commune est traversée d’ouest en est par la petite rivière de la Crabayrisse, qui passe ensuite par Bélesta avant de se jeter dans la Tet (la partie illoise de la rivière s’appelle la Riberette). À noter aussi le ruisseau de Bellagre, qui sert de limite avec Rodès.

Communes limitrophes : Trevillach, Caramany, Bélesta-de-la-Frontière, Ille-sur-Tet, Rodès. On notera que Montalba, lors du découpage révolutionnaire, faisait partie du canton de Latour-de-France et de l’arrondissement de Perpignan. Depuis 1936, la commune appartient au canton de Vinça et à l’arrondissement de Prades.

Première mention historique et origine du nom

Première mention en 955 sous la forme Montealbo (lieu cité parmi les limites du territoire d’Ille), puis Monte Albani (1118). Peut-être la colline blanche, peut-être aussi un nom de personne (Albus ou Albanus) accolé au nom monte. Enfin, on ne peut négliger totalement la racine pré-indoeuropéenne alp (dans ce cas, monte + albo serait une tautologie). Le nom actuel du village (Montalba-le-Château) date de 1933.

Les recensements

Année :

1999

1990

1982

1896

1834

Habitants :

120

111

121

317

455

Bref aperçu historique

L’une des caractéristiques du village est l’éloignement entre le château et l’agglomération d’une part, et son ancienne église dédiée à la Vierge d’autre part. Il est probable que la première population se soit fixée d’abord auprès de cette église (ou du moins de celle qui l’a sans doute précédée), ce qui semble confirmé par la présence de vestiges d’habitat préhistorique et historique à proximité de celle-ci. Par la suite, la construction d’un château sur une petite éminence a entraîné la population à venir se protéger à l’abri de ses remparts, un phénomène bien connu pour de nombreux autres villages.

Le château de Montalba

Le château est mentionné pour la première fois en 1118 : cette année-là, le 16 octobre, Bernat Berenguer de Perapertusa prête serment de fidélité au comte de Barcelone pour le château de Montalba et toutes ses fortifications, dont il s’engage à améliorer l’état. Le même serment est renouvelé en 1130 par son fils Berenguer. À cette époque, Montalba fait normalement partie du domaine des comtes de Barcelone, dont le suzerain est le roi de France. Ce n’est qu’en 1258 (traité de Corbeil) que sera officialisée la rupture entre la France et la Catalogne, et que Montalba deviendra un village-frontière, dont le rôle stratégique fut sans doute essentiel, même si nous n’avons que peu de renseignements à ce sujet.

Malgré ces importants changements, la seigneurie de Montalba continue d’appartenir à la famille des Perapertusa : entre 1325 et 1366, le seigneur est Seguier de Perapertusa ; entre 1366 et 1386 c’est son fils Antoine qui assure la succession. Mais Antoine ne laisse en mourant qu’une fille unique, qui épouse Roger Çanespleda, seigneur des Fonts (près de Calce), auquel elle apporte en dot la seigneurie de Montalba.

Par la suite, il semble que la seigneurie soit passée entre les mains d’une famille appelée De Gleu, dont le nom sera par la suite francisé en De Gléon : Aymery de Gléon en 1479, Jean de Gléon en 1494, Henry de Gléon en 1674 (cette famille possédait notamment la seigneurie de Durban, près de Narbonne, où existe d’ailleurs le château de Gléon). Cependant, il faudrait être sûr que la seigneurie de Montalba mentionnée parmi les fiefs des Gléon corresponde bien à notre Montalba-le-Château.

En effet, alors qu’en 1730 les Gléon seraient toujours “seigneurs de Montalba”, nous apprenons que le village qui nous intéresse appartient à un tout autre personnage, Jean Chamayou, originaire de Saint-Pons. Il a acquis la seigneurie le 7 octobre 1725, date à laquelle elle lui a été vendue par un nommé Pierre Rouger, habitant à Paris,”seigneur de Manisières, Tassou, Montalba et autres lieux”. L’acte fut passé devant Me Maurel, notaire à Saint-Pons.

Il s’agit bien d’un acte de vente de toute la seigneurie, puisque cette vente comprend :

– un château couvert de tuiles, avec cour, basse-cour et autres bâtiments en dépendant.
– la haute, moyenne et basse justice, les divers droits, cens, devoirs, lods et ventes.
– un moulin banal.
– le droit d’agrier sur les productions du terroir, ainsi que les droits de fouage.
– la nomination des consuls.
– Un important domaine terrien formé de terres labourables, prés, bois, vignes, prairies, ainsi qu’une grande bergerie.

Grâce aux registres paroissiaux notamment, la trace des Chamayou est plus facile à suivre : en 1739, la femme de Jean meurt à l’âge de 82 ans (son corps “fut enseveli dans l’église de Montalba proche de la porte en dessous du bénitier”). Quant à Jean, il s’éteint en 1750, à l’âge de 84 ans. Sa succession semble avoir posé quelques problèmes entre ses fils. Mais en 1753, Philippe de Chamayou est le nouveau seigneur ; il est marié depuis 1751 à Thérèse Pallarès (fille d’Etienne Pallarès, bourgeois-noble).

Les Chamayou ne semblent pas avoir été inquiétés à la Révolution. Les actes d’état-civil mentionnent leur présence au moins jusqu’en 1808. En fait, il ne reste apparemment qu’un membre de la famille, Jean-Pierre Chamayou-Montalba, prêtre et donc célibataire, qui vend le château et son domaine à Jean Sire-Poubill, le 5 décembre 1811 (acte passé devant Me Trullès, notaire à Ille).

L’histoire contemporaine ne m’est pas connue avec précision (mais elle est facile à trouver). Autant que je m’en souvienne, les Sire-Pubill finiront par quitter le château, qui, tombant en ruine, sera acquis par la commune. Celle-ci commettra la “bévue” de le vendre à un particulier pour une bouchée de pain. Certes, ce particulier a plutôt bien restauré les lieux, mais la commune a perdu une belle occasion de valoriser elle-même son patrimoine.

Montalba, village-frontière

Rappelons trois dates essentielles :

– 1258 : traité de Corbeil. Ce traité trace la frontière entre le royaume de France (auquel appartient Montalba) et celui d’Aragon (auquel appartient Ille).
– 1659 : traité des Pyrénées. Le Roussillon est rattaché à la France. Cependant la frontière de 1258 continue de jouer un rôle important, car elle sépare deux provinces : le Roussillon et le Languedoc, dont les statuts ne sont pas les mêmes, et entre lesquels les marchandises ne peuvent circuler librement.
– 1790 : création des départements. C’est à partir de cette date que la frontière disparaît vraiment. Lors de la création des cantons, Montalba fait partie du canton de Latour-de-France. Ce n’est qu’en 1936 que la commune sera rattachée au canton d’Ille.

Son rôle de village frontalier a valu à Montalba de connaître de nombreux désagréments, avec une présence militaire sans doute bien encombrante, et des mouvements de troupes de part et d’autre de la frontière. En 1364 ce sont les “routiers”, soldats mercenaires engagés par Du Guesclin mais très vite livrés à eux-mêmes, qui mettent à sac la contrée. Basés à Ropidera, ils prennent Montalba par la force et rançonnent les habitants. Ils font de même à Tarerach, et lancent des incursions vers les villages du Bas-Conflent.

Puis, pendant trois siècles, ce sont d’incessants raids menés depuis Montalba vers la Catalogne ou inversement. Par exemple, en 1617, des cultivateurs d’Ille travaillant dans leurs propriétés sont assaillis par un détachement français et emmenés captifs à Montalba.

Tout se calme avec le traité des Pyrénées. Par la suite, il faut cependant mentionner les événements de l’été 1793, lorsque les Espagnols envahirent le département. Montalba semble avoir joué un rôle stratégique important dans le conflit.

Si aujourd’hui la frontière n’est plus qu’un souvenir, elle demeure importante au niveau linguistique : d’un côté le catalan, de l’autre l’occitan, avec de nombreux points communs mais aussi d’énormes différences. Rappelons aussi que, même si le phénomène est en voie d’extinction, pour le Catalan, l’habitant de Montalba est un “gavatx”, avec tout l’aspect péjoratif lié à ce terme.

Population et ressources

Au XVIIIe siècle, le village compte 235 habitants (1750). On y produit essentiellement des grains (dont la quantité est insuffisante pour nourrir la population) et du vin. Certains habitants trouvent un complément de ressources dans la contrebande du sel, puis du tabac, Montalba étant situé sur une route secondaire de ce trafic.

A partir du XVIIIe siècle, jusqu’au milieu du XIXe, la population croît sensiblement : en l’an XIII, elle atteint 370 habitants. Un recensement de 1818 cite même le chiffre de 905 habitants, qui paraît toutefois bien excessif. D’ailleurs, par la suite, on est revenu à des chiffres plus normaux : 455 habitants en 1834, 417 en 1861. En 1891 on tombe à 317 habitants, puis 260 en 1926, 224 en 1954, 203 en 1968, 156 en 1975, 121 en 1982, 111 en 1990. Autant dire que l’exode rural a été considérable, favorisé par la proximité d’Ille et accéléré par les difficultés de la viticulture (phylloxéra et mildiou à la fin du XIXe siècle, effondrement des prix au début du XXe siècle).

La vigne fut en effet toujours la principale ressource de Montalba. Une enquête menée en 1802 sur l’agriculture de chaque commune nous le confirme. Dès cette date, on trouve à Montalba 300 séterées de vigne, contre 70 plantées en seigle, le blé étant quasiment inexistant (la séterée utilisée à Montalba équivaut à 1024 cannes carrées, soit environ 41 ares, ce qui donne donc 123 hectares de vigne et 21,7 de seigle). Encore faut-il ajouter que seules 35 séterées de seigle sont cultivées chaque année (assolement biennal). Détail curieux : selon le maire, 100 séterées seraient laissées en jachère, car “elles ne se plantent que tous les dix ans”.

Autre ressource importante, l’élevage. A la même époque, on compte 47 bovins (utilisés surtout pour les travaux des champs), 60 porcs, 300 chèvres et 1500 ovins. Malgré les difficultés diverse dues à des conflits sur l’utilisation des vacants, le nombre de têtes a encore augmenté au milieu du siècle, puisqu’en 1861, le registre des droits de pâture recense en tout 2352 bêtes, ovins et caprins confondus.

Mais le même registre nous indique que seuls trois ou quatre propriétaires ont des troupeaux supérieurs à 300 têtes (Sire-Llech, Sire-Poubill, Pugnaud). Les autres se contentent du minimum, et les chèvres sont l’apanage des pauvres.

Une telle situation ne pouvait effectivement que conduire à un exode massif. On notera cependant que l’élevage renaît à Montalba, puisqu’une grande bergerie y a été récemment construite.

L’église paroissiale

Construite extra-muros, à l’est du village, c’est un monument dédié à la Vierge de l’Assomption, édifié sans doute au XIIIe siècle, qui fait un peu la transition entre le roman et le gothique. Elle est apparemment mentionnée dès 1261 (texte évoquant le chapelain de Sainte-Marie de Montalbà). On remarquera notamment son chevet polygonal assez original. L’intérieur, entièrement rénové il y a quelques années, abrite d’intéressants retables, en particulier celui du maître-autel et celui de saint Sébastien, une chaire datant de la fin du XVIIe siècle ou du début du XVIIIe, ainsi que des peintures murales mises à jour lors de la restauration. À noter que la chapelle du château, dédiée à saint Jean l’Évangéliste, a servi aussi d’église paroissiale.

Autres monuments et lieux à visiter

Le village possède une tour de défense du XIIe siècle aménagée en clocher à l’époque moderne. Mais le bâtiment le plus important est le château, qui a conservé une bonne partie de son enceinte polygonale médiévale (XIIe-XIIIe siècles). Le grand donjon quadrangulaire date sans doute de la même époque, même si on le dit parfois plus ancien. Le reste du bâtiment a été reconstruit aux XVIe et XVIIe siècles, puis restauré au XXe.

Beaucoup de promenades sur les chemins et les petites routes partant du village. C’est l’occasion d’observer les jolis puits voûtés construits çà et là dans les prés, ou encore les cabanes en pierre sèche et les restes de bergeries, et, avec un peu de chance, on peut aussi tomber sur une de ces bornes-frontières qui séparaient autrefois le Roussillon du Fenouillèdes. Par contre, le prétendu dolmen du Pontet n’est pas un vrai dolmen, mais simplement une curiosité naturelle.

Les noms les plus portés en 1841 par ordre d’importance

Sire, Estève, Vassals, Cambriels, Païcha, Sabouraud, Gély, Baudet, Fabre, Gazé, Doutres, Mousquet, Pugnaud, Dumay.

Autres liens sur le site

Lieux à visiter : Montalba
Carte postale ancienne de Montalba.

Liens internet

La commune en 1937 (annuaire-guide des P-O)

À 32 km de Perpignan
230 habitants
Productions : élevage, céréales, vignes, prairies.
Fêtes locales : 15 août, 6 septembre.
Curiosités : ruines du vieux rempart d’un château du VIIIe siècle (sic). Dolmen (al Pountet).
Société mutuelle : la Saint-Sébastien.
Coopérative vinicole.
Maire : Pugnaud Ph. Adjoint : Grieu Jean. Conseillers : Vassal M., Delpuech F., Sire E., Gély M. fils, Vassal J., Sournia L., Bailbé Fr., Sibieude.
Secrétaire de mairie : Gaillard.
Curé : Higonnet.
Receveur municipal et percepteur : Velay.
Facteur-receveur : Canals.
Instituteur : Gaillard.
Garde-champêtre : Pujol.
Cantonnier : Mestres François.
Receveur buraliste : Roger.
Autobus : STAM.
Bouchers : Solère, Pasquier.
Bourrelier-sellier : Sournia Laurent.
Cafés : Roger, Estève Pierre.
Couturières : Tailleferro, Desangles, Solatges, Caréras.
Épiciers : Roger, Sire Jean, Alexis.
Fruits et primeurs : Mitjana (Mme), Cobla catalane, Dauriach Alphonse.
Maçons : Gély Michel, Pugnaud Philippe, Pahisa Emmanuel.
Maréchal-ferrant : Estève.
Menuisiers : Jutglar, Dauriach.
Merciers : Sire, Alexis (Mme), Roger (Mme).
Château de Montalba : Sire, dit Poubill, propriétaire.

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